Conférence-Performance Transmission et présence de la voix

Robert Cantarella & Stéphanie Kamidian 

« La voix est un organe de sens. C’est d’abord par la sensation de la voix que j’ai eu l’idée de répéter les cours de Deleuze. De la voix intime de l’acteur à la parole, il faut se laisser porter par cette voix. Faire qu’entre la voix intérieure et la parole, la pensée surgisse comme un combustible. Avec Deleuze, on a la sensation que "ça" se pense en même temps que "ça" se dit ; c’est ce que je tente de transmettre en copiant ses cours. »                                                           

                                                                                           - Robert Cantarella

À propos de Transmission et présence de la voix

La conférence-performance Transmission et présence de la voix  a été réalisée le 7 octobre 2017, dans le cadre du second volet du Colloque Les Enseignements de la conférence dans l'art, organisé par Sandrine Morsillo, Diane Watteau et Christophe Viart.

Lors de cette intervention, il s'agissait de questionner le rapport entre la transmission et la voix, ainsi que l'apport d'absence-présence qui en émane. 

La performance Faire le Gilles de Robert Cantarella paraissait être une base particulièrement pertinente pour ce travail. Robert Cantarella y redit les mots prononcés par Gilles Deleuze dans le cadre des cours que ce dernier donna à Vincennes (entre 1979 et 1987). Les mots du philosophe sont prononcés par le performeur au moment même où il les entend à travers des oreillettes.

Lorsque Robert Cantarella « fait le Gilles », quelque chose d'étrange se produit, sa voix et son attitude corporelle ne semblent plus totalement lui appartenir. Il semble être là/pas là. Animé par le rythme et la parole de Gilles Deleuze, il transmet de façon saisissante la pensée émergente du philosophe.  

Transmission et présence de la voix a été imaginée à partir d'une discussion entre Robert Cantarella, Sandrine Morsillo et moi-même. Notre rencontre eut lieu le 24 juillet 2017 dans un café à Paris. J'avais alors pris la décision d'enregistrer nos échanges en capturant l'ambiance sonore dans laquelle ils s'inscrivaient.

À partir de cet entretien, j'ai effectué une sélection de passages des propos de Robert Cantarella. Dans le cadre du colloque Les Enseignements de la conférence dans l'art, j'ai donné à entendre le premier extrait de cette sélection puis, reprenant le procédé utilisé par Robert Cantarella, j'ai mis des oreillettes et j'ai répété la suite des extraits choisis. 

                

                                                                                                            - Stéphanie Kamidian

Extraits de la conférence-performance Transmission et présence de la voix.

 

À propos de Faire le Gilles

Voilà ce que j’écrivais alors que je commençais à peine à réaliser ce travail de Faire le Gilles. En disant « réaliser » je le pense comme l’acte d’un réalisateur et l’acte d’une réalisation. Je passais à l’acte et je mettais à jour, pour mon compte, un mode de jeu qui allait déterminer une autre façon de faire du théâtre.

 

Le plus joyeux en ce moment est la germination de Faire le Gilles.

Je copie les cours de Gille Deleuze en suivant le rythme de son phrasé et l’exactitude des sons que j’entends en les restituant immédiatement grâce à des oreillettes. Je fais le traducteur physique d’une voix devenue sans corps. Je me présente comme un copieur, je reconstitue l’édition vocale de ses séminaires qu’il ne voulait pas transcrire sous forme d’un livre. J’éprouve son savoir par la fréquence organique, rythmique, d’une parole enseignante.

Étant trop jeune et trop provincial pour avoir pu y participer, j’étais jaloux des étudiants présents, car Gilles Deleuze affirme que les trois partages du savoir sont la lecture, l’écriture et le cours.

Je décide de produire à haute voix l’édition complète de tous ses séminaires. Je prendrai le temps et irai dans les lieux qui voudront bien comprendre le projet. Je vais faire l’idiot.

Les mots « faire le Gilles » me sont devenus un recours, une éclaircie, une évidence. Faire le fou, après avoir vu tant de gens raisonnables capables du pire et du moins pire dans la tourmente du pouvoir, du politique, de l'argent.

Faire le simple, l'idiot du village autour de la fontaine, chantonnant, ânonnant, répétant.

La directrice d'un théâtre situé dans une université craint que deux heures de texte sans bouger ne soit pas pour mon public. Je n'ai pas de comparaison, il faut que je trouve un espace et une durée publics pour faire le Gilles.

Deleuze m'inspire délicatement, obstinément.

                                                                                                                        - Robert Cantarella

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