2 - Scott et Cros ou les prémices de la reproduction du son

Yohann Guglielmetti

Introduction

Comme nous l’avons exposé dans notre article sur l’imaginaire de la reproduction du son, l’art et la science semblent avoir scellé un pacte conférant à cette dernière la mission de rationaliser les visions les plus folles du premier. Nous avons relevé que pouvait germer dans l’imaginaire d’auteurs des XVIe et XVIIe siècles en Europe, l’idée qu’il soit nécessaire que le son soit avant tout fixé, « emprisonné », avant d’être reproduit, que ce soit dans les dragées de glace que Pantagruel découvre lors de son voyage maritime dans les eaux glaciales à la rencontre de l’oracle Dive Bouteille (1548) [1], dans les éponges « qui retiennent le son et la voix articulée » [2] que le Capitaine Vosterloch découvre lors de sa traversée dans les terres australes (1632), ou encore dans le livre que le Démon de la Lune prête à Cyrano (1657) [3].

Bien que ces visions soient « imprégnées d’une sorte d’animisme qui transforme les mots en entités dotées d’un dynamisme propre, séparées de leur mode de production » [4], pour reprendre les termes de Giusy Pisano, nous avons constaté que l’écrivain François Rabelais (vers 1483/1494 – 1553) établit déjà en son temps, par le biais de son personnage Pantagruel, une distinction entre l’impermanence qu’il attribue au sonore et la persistance qu’il confère au visuel et à l’écrit. Cette prescience trouve sa résonnance dans les prémices de la reproduction du son et l’idée qu’il faille d’abord le saisir et le « voir », en somme le matérialiser avant de le reproduire.

L’imaginaire de la reproduction du son se concrétise donc en deux étapes essentielles au cours du XIXe siècle, celle de la fixation des vibrations aériennes par Léon Scott de Martinville (1817 – 1879) avec son phonotaugraphe, et celle de leur « libération » théorisée par Charles Cros (1842 – 1888) et son paléophone ou phonographe, deux inventeurs dont les parcours respectifs posent la question de la condition humaine et sociale des précurseurs et des ignorés de l’histoire des arts et des sciences.

Nous tenterons de camper un point de vue sur la façon dont les découvertes respectives de ces deux infortunés de l’histoire des sciences et techniques ont été accueillies, l’importance qui leur a été accordée et les tribulations de ses inventeurs à faire reconnaître leurs travaux. Nous verrons que les moyens à disposition, les influences relationnelles ou simplement l’administration, entre autres facteurs extérieurs à leur génie, n’ont pu donner l’élan nécessaire à la démocratisation de leurs trouvailles, dans une France du Second Empire qualifiée de « prospère et brillante » [5] par l’historien français Maurice Agulhon (1926 – 2014) sous l’emprise d’un Louis-Napoléon Bonaparte « socialiste » [6], pour Léon Scott, et au cœur de la période de ralentissement économique de la révolution industrielle en France, en ce début de IIIe République sous la présidence du conservateur légitimiste comte de Mac Mahon, pour Charles Cros.

L’enregistrement du son par Léon Scott…

L’idée de départ

C’est en 1852, en vérifiant les tirages de contrôle de la première édition du Traité de physiologie du Docteur Longet, au sein de l’imprimerie Martinet à Paris, que Léon Scott de Martinville (1817 – 1879) imagine une machine à « photographier la parole » en lui appliquant « les moyens acoustiques que la nature a réalisés dans l’oreille humaine à la fixation graphique des sons de la voix, du chant et des instruments » [7]. Préalablement, en 1807, Thomas Young présentait le premier appareil de mesure et d’inscription du mouvement vibratoire sur un corps solide :

« Si l’on fait vibrer un corps dont les vibrations ont une certaine fréquence pendant que le cylindre tourne, et qu’on fasse marquer ces vibrations sur le cylindre, ces traces constitueront un index correct du temps occupé par une partie de la révolution et le mouvement d’un corps quelconque peut être comparé avec le nombre des alternations marquées pendant le même temps par le corps vibrant » [8].

La trouvaille de Young sera reprise pour la première fois dans un cadre médical par le physiologiste allemand Carl Ludwig, en 1847 [9], à travers un système nommé « Kymographion », permettant d’enregistrer sur cylindre les variations pulsatives du sang et la pression sanguine dans les artères, mesurées par un manomètre [10]. Peu avant, en 1840, le mathématicien et physicien français de l’Académie des sciences à Paris, Jean-Marie Constant Duhamel (1797 – 1872), élaborait le Vitographe, procédé amélioré de la trouvaille de Young, équipé d’un système d’horlogerie et de noir de fumée sur le cylindre, qui :

« inscrit les vibrations d’une corde dont on diminue successivement la longueur en lui adoptant une pointe qui laisse une trace sur un plan mobile. Il compare ce tracé avec celui d’une corde ébranlée à laquelle on ne fait subir aucune variation de longueur. Duhamel ajoute que son procédé repose sur une idée analogue à celle d’un appareil employé par Watt et plus tard par Eytelwein » [11].

En 1844, le physicien allemand Guillaume Wertheim (1815 – 1861) remplace la corde par un diapason [12]. Ce dernier est alimenté électriquement à partir de 1857 par Jules-Antoine Lissajous [13] « en se servant de l’interrupteur à mercure inventé par Léon Foucault » [14], perfectionné ensuite par Helmholtz, puis par le chimiste et physicien français Henri Victor Regnault (1810 – 1878), et enfin par l’ingénieur français en électricité Ernest Mercadier (1836 – 1911).

Dans son récapitulatif des prémices de l’enregistrement du son, le journaliste français Emile Gautier (1853 – 1937) note que, contrairement aux scientifiques qui fixaient graphiquement les sons générés par des corps solides, « il appartenait à un pauvre ouvrier typographe français, Scott, d’avoir l’idée de génie de remplacer l’action directe du corps en vibration par son action à travers l’air grâce à une membrane qui [en vibrant] permettrait d’en enregistrer aussi bien que les sons des corps solides, la voix et la parole » [15], sur une assise couverte d’une fine couche de noir de fumée. Il a ainsi « l’idée géniale de parler devant une membrane à laquelle était fixé un style qui inscrirait les vibrations de cette membrane sur un tambour enduit de noir de fumée » [16].

 

Une science nouvelle…

Quatre ans plus tard, le 26 janvier 1857, Scott remet à l’Académie des Sciences de Paris, un pli cacheté renfermant un mémoire intitulé « Principes de phonotaugraphie » [17], par l’intermédiaire d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, alors président de cette institution, qui « ne cacha pas son envie de rire, à cette communication du pauvre typographe » [18] qui indique : « On parle au voisinage du pavillon : les membranes vibrent, le style décrit des mouvements de pendule, il trace des figures, larges si le son est intense, petites s’il est faible, séparées quand il est grave, rapprochées s’il est aigu, tremblées et inégales si le timbre est voilé, égales et nettes s’il est pur » [19]. Il s’agit bien d’une transformation du son en un visuel et Scott « tire des épreuves positives ou négatives de cette nouvelle graphie » [20]. Il y décrit un procédé « au moyen duquel on peut écrire et dessiner par le son (acoustique) et multiplier les résultats obtenus et en faire des applications industrielles » [21], et qui, selon Emile Gautier, « renferme les fondements complets de toute une science nouvelle due au génie de Scott » [22]. Le 20 mars 1857, Scott dépose le brevet [23] son phonautographe : « Il joignit à sa demande un dessin des différentes pièces de son appareil, en indiqua la grandeur, le mécanisme et enfin remit au ministère du commerce les résultats obtenus avec son procédé, c’est-à-dire les premiers spécimens de l’enregistrement de la voix » [24]. Entre temps, le physicien et homme politique français Claude Pouillet (1790 – 1868) prend connaissance des expériences de Scott, se montre fort intéressé et recommande le « pauvre » homme à la Société d’Encouragement. C’est ainsi que Scott y fait une communication et expose son appareil le 16 novembre 1857. Le récapitulatif de la présentation de Scott qu’en fait La Science Française nous semble révélateur : « [Scott] fit passer sous les yeux des assistants une série de phonautographies de la parole, des bruits, des sons, et les accompagna d’explications théoriques de la plus haute envolée. Ce discours de Scott est un véritable chef-d’œuvre par l’élévation des pensées, l’ordonnance du sujet et la sagacité des observations » [25]. Ce rapport journalistique témoigne de l’objectif du « pauvre ouvrier » [26] à trouver une place auprès d’une « aristocratie académicienne établie », loin de la versatilité d’industriels comme Thomas Edison ou les frères Lumière. Compte tenu de leurs positions sociales et financières aux époques de l’avènement phonographe pour le premier et du cinématographe pour les seconds, il est compréhensible que ces entrepreneurs ressentent moins le besoin d’une quelconque reconnaissance par des pairs que Scott dont le désir prégnant de s’intégrer au « gratin » de l’académie scientifique française et de se créer un réseau de connaissances au cœur de celle-ci ressort de l’enquête journalistique de Gautier : « C’est à l’imprimerie Bachelier, où il corrigeait les bons à tirer des comptes rendus de l’Académie des sciences, qu’il connut plusieurs académiciens et s’éprit de passion pour les questions scientifiques. […] Souvent il trouvait un prétexte pour consulter Cauchy [27] sur une correction et alors commençait une véritable conférence […]. Scott allait voir Geoffroy Saint-Hilaire dans sa retraite du Jardin des Plantes et le savant l’initiait à la philosophie des sciences ; il rendait aussi visite à Ampère, qui ne vivait que dans le domaine invisible de l’esprit, à Poisson dont il était l’une des trois seules personnes pouvant déchiffrer l’écriture, à Biot, le maître froid et sévère de Pasteur, à Arago aux sourcils olympiens mais d’une exquise bonté pour les humbles, à Regnault, dont les leçons acoustiques du Collège de France était si savantes que cinq auditeurs seuls pouvaient les suivre, parmi lesquels Scott […]. Tous ces grands esprits qui ont été les maîtres de la science à leur époque accueillaient et conversaient longuement avec l’ouvrier typographe dont ils appréciaient le génie et ne songeaient pas – avec raison – à lui reprocher de ne pas sortir des Écoles officielles » [28].

… dans un système cloisonné

Pour rappel, Léon Scott dépose le brevet du phonotaugraphe vingt ans avant qu’Edison ne dépose celui du phonographe. Nous pouvons supposer que, dans ce laps de temps, un investissement suffisant consacré à des recherches complémentaires aurait permis à Scott de présenter un appareil de reproduction sonore complet, ceci bien avant l’industriel américain. Or, bien qu’il conçoive « un art nouveau : l’art d’enregistrer la parole » [29], Scott non seulement tente de s’inscrire dans le sillon des académiciens français, mais il présente son invention comme étant « sérieuse » et destinée à la captation de « la parole, des bruits, des sons » dans un cadre scientifique, non pas dans celui d’un futur divertissement sonore ou musical. Par conséquent, contrairement à un Edison qui, après avoir imaginé le phonographe comme palliatif à la portée limitée des premières lignes du téléphone, puis comme répondeur téléphonique, le laissera évoluer dans le domaine de la distraction aux Etats-Unis, Scott s’inscrit tant comme le précurseur technique du phonographe que de l’oscilloscope.

Le 30 avril 1859, l’ouvrier passe un accord avec le fabricant d’instruments de laboratoire et inventeur d’appareils acoustiques Rudolph Koenig qui commence à construire les phonautographes sept ans plus tard et, plutôt que de viser le grand public comme le feront Edison et les frères Lumières, il le proposera aux laboratoires scientifiques. Dès lors, ces appareils basés sur la représentation graphique d’une vibration sonore deviennent coutumiers des équipements de laboratoires, employés par les chercheurs en acoustique, en milieu scolaire ou universitaire où, selon François Baskevitch, « les professeurs de physique utilisent le phonautographe dès 1860 » [30]. Cependant, les utilisateurs sont peu nombreux et Scott ne vendra que quelques dizaines d’appareils. Cette direction le menant à l’impasse nous semble révélateur du désir d’ascension sociale de ce « pauvre ouvrier typographe » [31].

Cependant, en 1860, lors d’une conférence sur l’acoustique, donnée dans l’amphithéâtre de la faculté des sciences de la Sorbonne, selon l’écrivain Louis Figuier (1819 – 1894), c’est un assistant qui présente le Phonautographe de Scott et : 

« à la grande surprise des trois mille personnes qui composaient l’assemblée, il écrivit correctement les sons des deux tuyaux d’orgue montés sur la même soufflerie, à un mètre de distance de l’appareil. Mais qui le croirait ? Le nom de Léon Scott ne fut pas prononcé : l’opérateur recueillit seul l’hommage que méritait l’inventeur, pour avoir réalisé un tel résultat par huit années de travail solitaire, et en dépensant son petit héritage maternel » [32].

L’année d’après, le 15 juillet 1861, Scott expose les résultats de ses recherches portant sur « l’inscription automatique des sons dans l’air au moyen d’une oreille artificielle » [33] à une commission scientifique de l’Académie des sciences, et demande l’ouverture du pli cacheté qu’il avait déposé 26 janvier 1857, dans une démarche de recherche de financements publics.

Un dialogue éloquent

Emile Gautier publie un dialogue entre Scott et un jeune membre de cette commission à laquelle il sollicite un secours pour le développement de son invention. Ce commissaire évoque la possibilité de solliciter un financement auprès du cabinet chargé de la répartition des encouragements aux savants, du Ministère de l’Instruction Publique, tout en indiquant qu’une telle entreprise impliquerait de « dépenser de dix à vingt mille francs et cinq années de travail pour réunir les matériaux et faire la rédaction d’un mémoire conforme au programme qui vous sera imposé », en précisant que s’il réussit cette épreuve, il lui sera accordé « peut-être à grand’peine un encouragement de deux mille francs » [34]. Il lui explique que sont nommés « de trois à six commissaires tous les lundis », mais qu’ils sont généralement absents, s’intéressent peu aux dossiers qui leurs sont présentés et obéissent à une hiérarchisation : « Il y a tout d'abord les anciens qui mettent en ordre leurs travaux antérieurs ou qui se reposent sur leurs lauriers […]. Il y a ensuite les jeunes, tels que moi par exemple. Mais nous avons, comme vous, notre rôti sur le feu et ne pouvons le quitter sans qu’il brûle » [35].

A ce qui constitue l’une des évolutions majeures du XIXe siècle, ce jeune représentant de l’Académie des sciences rétorque : « Les questions ont leur heure […]. Même en matière de science il faut être de son temps » [36], ce qui atteste l’erreur de Scott à penser que c’est en s’adressant à des « simili-confrères » mieux lotis que lui, dans une recherche d’élévation sociale, qu’il trouvera les ressources nécessaires au perfectionnement de son œuvre.

Ce commissaire académicien qui semble ne pouvoir saisir la portée scientifique future d’une telle invention, estimera que son :

« affaire est au fond une question d’acoustique. Mauvaise chance ! Les ingénieurs, les médecins, les musiciens ont horreur de l’acoustique. A l’exception de ceux qui jouent du violon, ces derniers ne sont même pas bien sûrs que la vibration existe. Qui travaille l’acoustique chez nous ? Personne […]. L'acoustique est tombée en catalepsie depuis Savart [37] et vous ne prétendez pas sans doute la galvaniser » [38]

Finalement, il conseille à Scott de garder ses inventions pour lui, d’y aller lentement, en évitant de les révéler hâtivement : « Un jour arrivera, peut-être un peu tard, où l’on fera quelque part un coup d’éclat dans le champ de l’acoustique qui ne rend rien depuis vingt ans. Alors vous remonterez sur l’eau et le succès vous viendra si vous l’avez mérité » [39]. En attendant, il invite le typographe à s’amuser : « comme distraction, à écrire les paroles, à vos moments perdus. Ce sera dur, j’en conviens, mais très intéressant » [40].

Seize ans plus tard, l’invention probablement la plus révolutionnaire de l’Histoire dans le domaine du son, sort aux Etats-Unis d’Amérique sous le nom de Phonographe. Selon Gautier, les soutiens que Scott aurait dû trouver « s’éloignèrent les uns après les autres. On lui refusa toute part dans le succès du phonographe dont il avait si largement ouvert la voie. Il eut la plus triste vieillesse et mourut laissant les siens dans la plus pénible situation » [41]. Reste à savoir si des prises de contacts avec des industriels plutôt qu’avec des académiciens, ou un projet d’évasion en Amérique du Nord à cette époque, auraient permis un meilleur épanouissement du phonautographe.

… et sa reproduction par Charles Cros

Alléluia

Charles Cros (1842 – 1888) est un poète français né dans l’Aude mais vivant au cœur de Paris et qui partage, avec ses deux frères, ses dîners au sein des Vilains Bonshommes et ses réunions du Cercle des poètes Zutistes entre 1869 et 1872, deux groupes d’artistes et d’auteurs. C’est aussi un inventeur éclectique passionné de sciences, professeur de chimie entre 1860 et 1863, présentant des améliorations du télégraphe en 1867, de même qu’une technique de photographie en couleur en 1869.

Le 30 avril 1877, le poète remet à l’Académie des Sciences de Paris, un pli cacheté renfermant une note décrivant son phonographe, tandis qu’à la même période Thomas Edison et son équipe travaillent à l’amélioration d’un répéteur automatique pour transmission télégraphique, après avoir déposé, le 3 février 1877, un brevet exposant le procédé [42]. Durant cette année 1877, Cros tente d’approcher des scientifiques académiciens avec sa découverte, tout comme Léon Scott vingt ans auparavant avec son phonotaugraphe, mais cette fois, il contacte des industriels et des constructeurs. Finalement, c’est un représentant de Dieu lui ouvre les portes de la foi, L’abbé Lenoir, préférant cependant se faire appeler « Le Blanc » [43], ecclésiastique tenant la rubrique « Le monde des sciences et des arts » de la revue catholique hebdomadaire La Semaine du clergé.

Le 10 octobre 1877, La Semaine du clergé publie l’article de l’abbé « Le Blanc » : « Le téléphone et le phonographe » [44]. Cet article, premier texte scientifique destiné au public, traitant de cette science nouvelle élaborée par Cros et qui, selon le journaliste français Emile Gautier (1853 – 1937), revêt « une importance très grande au point de vue de la priorité qu’a Charles Cros sur les brevets américains pris en janvier 1878 » [45], est situé entre le « courrier des universités catholiques » et la biographie de « Léon Moynet, restaurateur de la statuaire religieuse » qui commence par : « Voici la résurrection ».

L’ébahissement de l’ecclésiastique face à cette divine providence peut se résumer en cette phrase : « il ne s’agit pas de moins, chose étrange, que de conserver les sons en magasin, et de les faire se reproduire, quand on le veut, d’une manière indéfinie […]. Ne sera-ce pas là une des plus curieuses choses que l’on puisse imaginer ? » [46]. Suite aux dépôts des brevet d’Edison de 1877 et 1878 sur le phonographe, Le Blanc déclare formellement :

« nous avons donné, bien antérieurement à M. Edison, la véritable description de son phonographe, ainsi que l’a fait observer le rédacteur scientifique de la Gazette de France […]. On ne peut donc nier que, sauf cette lame d’étain qui a produit, immédiatement et sans l’aide de la galvanoplastie le résultat cherché, nous avions donné la description exacte du phonographe avant de l’avoir jamais ni essayé ni vu fonctionner, et même huit mois avant que celui de l’Américain fût connu […]. Il est clair que le mérite réel de l’invention revient tout entier à M. Charles Cros, et nullement à M. Edison, excepté pour l’emploi de sa feuille d’étain qui a rendu, grâce à la substance molle, applicable à l’instant l’idée conçue »[47].

L’homme d’Eglise est d’ailleurs le premier à faire apparaître le nom de « phonographe » dans un texte public en France pour désigner cet appareil [48] : « Par cet instrument que nous appellerions, si nous étions appelés à en être le parrain, le phonographe, on obtiendra des phonographies de la voix comme on en obtient des traits du visage, et ces photographies, qui devront prendre le nom de phonographies » [49]. Suite à la polémique relative à la paternité de l’invention, il confirme l’origine du nom donné à la machine :

« Il est évident, d’abord, que c’est nous seuls qui avons composé le nom de phonographe. M. Charles Cros ne fut pas pleinement satisfait de ce mot, et avec raison, puisqu’il n’indiquait que l’enregistrement des sons, et nullement leur répétition parlée ou chantée ; ce mot ne disait et ne dit encore que la première moitié de la merveille. M. Cros en chercha un autre, et trouva celui de paléophone, qui disait bien, cette fois, la seconde moitié de cette merveille ; mais, en revanche, négligeait la première […]. M. Edison avait choisi le nôtre, celui de phonographe, et c’est ce dernier qui a eu gain de cause dans le public » [50].

Dans l’exemplaire suivant de La Semaine du clergé débutant le 24 octobre 1877, l’abbé Le Blanc décrit à nouveau l’invention de Cros et précise, à la demande de ce dernier, dans un chapitre précédent celui portant sur « Le Ministère Pastoral dans les campagnes » : « M. Ch. Cros est, en ce moment même, volé dans son invention, par de forts capitalistes qui s’en emparent et font construire, en leur nom, l’instrument comme si nous n’avions pas déjà parlé de cette invention de M. Cros, dès le 10 octobre de 1877 » [51]. Ses prières n’auront malheureusement pas d’impact sur ces « requins » de l’industrie que sont, à l’époque, Edison et Pathé. De plus, dès le 17 juillet 1877, en élevant « la vitesse de transmission du répéteur télégraphique [afin] d'augmenter ainsi le rendement des circuits télégraphiques, donc d'améliorer leur rentabilité » [52], l’équipe d’Edison constate que :

« lorsque la vitesse de défilement dépasse un certain nombre de tours par minute, le stylet lecteur émet des vibrations audibles qui rappellent le murmure d’une voix humaine. […] Edison note alors l’idée d’un répéteur téléphonique, inscrivant un signal sonore et le restituant. L’expérience a lieu le lendemain […] : “Les vibrations de la parole sont exactement enregistrées et il n’y a pas de doute que je sois capable d’enregistrer et de reproduire la voix humaine d’ici peu.” » [53].

Selon l’historien des Postes et Télécommunications Paul Charbon, Edison n’a pas eu, en ce 18 juillet 1877, l’idée du phonographe mais celle d’un :

« répéteur téléphonique, analogue au répéteur télégraphique [,] découverte d’une grande portée, car il aurait permis la régénération de signaux devenus trop faibles. […] l’idée de créer un enregistreur indépendant se fait jour, le 12 août 1877. La feuille du carnet de laboratoire nous montre le croquis d’un appareil […]. En haut du feuillet, Edison a inscrit le nom de cette nouveauté : “Phonographe”. » [54]

Paul Charbon émet toutefois une réserve quant à l’exactitude de la date du 12 août car « la feuille de carnet ne porte que la signature d’Edison, donc son équipe n’a pas travaillé à une réalisation pratique » [55], d’autant plus qu’en 1917, Edison écrira sur un schéma du phonographe issu d’un carnet de son atelier « Kruesi a fait cela, le 12 août 1877 » [56] alors qu’à cette date, selon Paul Charbon, ce serrurier suisse nommé Kruesi, employé par Edison à partir 1871 après son arrivée aux Etats-Unis en 1870, n’y travaillait pas encore.

Cros, notre modeste génie, fait finalement ouvrir son pli par M. le Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, en séance du 3 décembre 1877, afin de faire connaître son invention au public. A cette même date du 3 décembre, nous apprend Charbon à la lecture du carnet de notes de Charles Batchelor, collaborateur d’Edison, le laboratoire de l’industriel envisage :

« de graver le support […]. Les efforts des deux équipes permettent de mettre au point un appareil le 4 décembre. Ce jour-là, Batchelor sur son carnet de notes personnel trace un schéma de la nouvelle machine […] et ajoute : “II fonctionne bien et les mots ‘Comment trouves-tu cela ?’, clairement prononcés, sont sortis clairement”. Cette phrase constitue probablement les premiers mots enregistrés [57] au monde. » [58]

A la lecture de la note de Cros finalement publiée, nous constatons que son phonographe est très proche de l’appareil qu’Edison brevètera en France le 19 décembre 1877 sous le n° 121.687 [59] mais qui ne porte pas encore le nom « Phonographe Edison ». Toutefois, il nous faut reconnaître que l’appareil d’Edison est plus simple [60]. L’industriel aura préféré la feuille d’étain ou de cuivre comme support de gravure posé sur le cylindre, matière malléable, plus susceptible de recevoir une trace de la vibration de la pointe d’acier, au noir de fumée prévu par Cros obligé à prévoir un dispositif de galvanoplastie plus complexe.

L’ombre d’un doute

Cette complexité et le manque d’essais concluants, suite à l’article du 10 octobre de l’abbé Le Blanc et au dépôt du brevet de phonographe par Edison, jette un doute sur l’efficience de l’invention de Cros. L’inventeur français, Henri Giffard (1825 – 1882), reprend dans son « Phonographe expliqué à tout le monde : Edison et ses inventions » , un long article de La Gazette de France, dans lequel Le Blanc clame la paternité du phonographe au nom de Cros, à travers la même argumentation que celle de son article du 10 octobre :

« On peut voir que M. Leblanc décrit à cette date et sous le nom même de phonographe, un appareil identique à celui de M. Edison, sauf que l’enregistrement ne s’y fait pas sur papier d’étain. […] La description écrite de M. Edison est de huit mois et demi en retard sur celle de M. Ch. Cros. La formule du principe et la description du même appareil, sauf le papier d’étain, ou la lame de cuivre mince, ont été publiés antérieurement au dit brevet, sous le nom de M. Charles Cros » [61].

Giffard en conclut simplement que « principe et appareil sont donc dans le domaine public. Avis aux constructeurs de tous les pays » [62], et il réécrit l’histoire : « Il faut que, par hasard, [Cros] rencontre M. l’abbé Le Blanc pour qu’il parle de son idée, et c’est M. l’abbé Le Blanc qui cherche à la réaliser en construisant un phonographe, fort bien fait, il est vrai, mais ne parlant pas » [63].

Dans Le Téléphone, le microphone et le phonoraphe, le scientifique français Théodose Achille Louis vicomte du Moncel (1821 – 1884) qui, d’après le journal L’Illustration du 23 mars 1878 [64], promouvra phonographe d’Edison le 11 mars à l’Académie des Sciences, reprend le doute à son compte, ainsi que la réécriture opérée par Giffard :

« Au point de vue du principe de l’invention, M. Ch. Cros paraît avoir une priorité incontestable ; mais son système, tel qu'il est décrit dans son pli cacheté et tel qu’il a été publié dans la Semaine du Clergé du 10 octobre 1877, aurait-il été susceptible de reproduire la parole ?... Nous en doutons fort, et notre doute pourrait être légitimé par les essais infructueux tentés par M. l’abbé Le Blanc qui avait voulu réaliser l’idée de M. Cros » [65].

Evidemment, l’ecclésiastique, qui n’aurait eu ni les moyens ni les compétences pour fabriquer cet appareil, réfute catégoriquement cette, dit-il, « grosse erreur qu’on nous prête, et que, grâce à l’ouvrage de M. du Moncel on va maintenant nous prêter partout » [66], à savoir l’allégation selon laquelle il aurait tenté de mettre le phonographe en application, en vain : « Jamais, dans toute notre vie, nous n’avons essayé de réaliser une invention ; et quant au phonographe nous ne l’avons pas plus essayé que toute autre application de la science à l’industrie. Dans quel cerveau a pu naître une pareille supposition, et quel est l’auteur qui a eu l’audace de la donner, le premier, comme un fait acquis ? » [67].

L’appréciation contestable de ces « Judas » de la science qui prétendent justifier un « doute » quant au fonctionnement d’un appareil qui, précisément, n’a pas eu les moyens financiers d’écarter toute incertitude, en s’imaginant un moine chrétien tentant de fabriquer un phonographe, nous éclaire davantage sur la teneur de l’injustice qu’a visiblement subi Charles Cros et qui relève moins d’un éventuel plagiat d’Edison que d’un manque de soutien d’investisseurs français sur cette avancée technologique pour laquelle l’inventeur disposait d’une avance confortable. Il nous semble que l’apport financier dont bénéficiait Edison auprès des banques, lui permettant d’effectuer les essais nécessaires, aura fait la différence.

Charles Cros exprime son profond dépit dans une lettre [68] qu’il écrit à l’écrivain, scientifique et militant socialiste français, Victor Meunier (1817 – 1903), dans laquelle il évoque le sort déplorable réservé aux inventeurs et, plus généralement, aux « talents » en France, tel que nous l’avons déjà observé avec l’aventure de Léon Scott tentant désespérément de s’insérer dans ce système de castes. En définitive, les seuls qui arriveront à s’imposer seront des personnes possédant ou ayant accumulé suffisamment de trésorerie pour élaborer et perfectionner leurs inventions, comme les familles Lumière ou Pathé. Quant au poète inventeur, il décède à l’âge de 46 ans sans n’avoir tiré aucun profit du phonographe, ni de la photographie couleur, ni d’aucune autre de ses inventions, ni pour lui, ni pour sa femme et ses deux enfants, contrairement aux puissants industriels français et américains qui lui succéderont.

Thomas est arrivé « … sans s’presser »

Finalement, contrairement à l’image d’Epinal du Thomas Edison comme inventeur du phonographe, son rôle semble être à relativiser au regard de l’apport de ses prédécesseurs en matière d’enregistrement et de reproduction du son. Néanmoins, il serait réducteur d’affirmer que l’industriel ne fait qu’ajouter au projet le plus abouti, celui de Cros, une feuille d’étain ou de cuivre sur le cylindre comme support de gravure.

D’une part, cette « touche finale » est décisive à l’achèvement de l’appareil qu’il simplifie considérablement et qu’il aura pu réaliser en partie parce qu’il en avait les moyens, contrairement à Cros ou à Scott quelques années auparavant. Cet autodidacte américain d’origine toute aussi modeste que les deux français, n’a pas eu ou ressenti le besoin de faire reconnaître son invention par des pairs ou des académiciens ni de le faire fabriquer par autrui puisqu’il a bénéficié d’apports bancaires, tout comme Graham Bell par exemple qui disposait par ailleurs de ressources personnelles qui lui auront permis de créer sa propre structure Volta Laboratory entre 1880 et 1881 et de dresser les prémisses du gramophone.

D’autre part, il convient de souligner l’inventivité et la dynamique de travail opérée par Edison, que nous qualifions de versatile dans la mesure où la multiplication des expériences scientifiques prime sur des objectifs prédéfinis, comme l’explique Paul Charbon au sujet de « la genèse de l’invention du phonographe » :

« Au cours d’une expérience, un phénomène secondaire apparaît. Immédiatement, l'inventeur en note les applications possibles. Si la “découverte” en vaut la peine, il crée des groupes de travail pour la mettre en forme. Il en surveille les résultats, réorientant les buts à atteindre au fur et à mesure que les recherches progressent. Des voies nouvelles, souvent inattendues, se révèlent fructueuses, d’autres sont abandonnées. » [69]

C’est ainsi qu’après avoir construit son laboratoire de recherche en 1874 à Menlo Park, l’inventeur multiplie les expérimentations avec son équipe, passant de l’étude d’un nouveau type de télégraphe à l’idée du répéteur télégraphique l’amenant au concept de répéteur téléphonique, perfectionnant le téléphone de Graham Bell, puis conceptualisant la possibilité d’enregistrer le son indépendamment de cet appareil, comme en témoignent le croquis du 18 juin 1877 dans son carnet de laboratoire et sa description d’un instrument inscrivant « les vibrations de la parole » [70], jusqu’à son dessin du 29 novembre qui présente son « Phonograph », que son collaborateur John Kruesi et l’atelier de mécanique concrétisent afin d’en effectuer, début décembre comme nous l’avons noté précédemment, des premiers essais que, de son côté, Cros n’aura jamais pu accomplir.

Edison prouve le bon fonctionnement de l’appareil dans les locaux du journal Scientific American le 7 décembre 1877, tel que l’exemplaire du 22 décembre le rapporte [71], puis à l’Académie des sciences de Paris le 11 mars 1878 par l’intermédiaire de Théodore du Moncel [72]. Entre temps, il demande le brevet de l’appareil le 19 décembre 1877 [73] en France et le 24 du même mois aux Etats-Unis [74].

Dans son brevet du 7 juin 1878 [75], dans lequel il ajoute des perfectionnements, Edison introduit sa présentation par : « Cette invention consiste dans des moyens pour enregistrer en caractères permanents les sons émis par la voix humaine en parlant et en chantant, ceux émis par des instruments de musique, des oiseaux, des animaux et tous sons quelconques, ainsi que dans des moyens pour reproduire ces sons à tous moments voulus » [76]. Ensuite, il explique techniquement le fonctionnement de l’appareil. Selon Emile Gautier :

« Demandez, après cela, à quoi pourra bien, tôt ou tard, servir le phonographe ! Quand ce ne serait qu’à transmettre la question aux futures générations – qui ne la comprendront pas plus que nous ne la comprendrions nous-mêmes si l’on nous demandait à quoi servent les chemins de fer ou la dynamite, le téléphone ou les bateaux sous-marins – afin de leur permettre de mesurer le chemin parcouru depuis les époques barbares, cela, parole d’honneur, suffirait amplement encore à sa gloire » [77].

 

 

Conclusion

D’après Giusy Pisano, la recherche évolue selon un schéma similaire à tous les pays, suivant, selon le philosophe et médecin français Georges Canguilhem (1904 – 1995), une « cohérence réelle dans l’instruction réciproque, et un échange manifeste de bons procédés d’emprunt dans l’évolution des techniques instrumentale » [78]. Pisano soutient que :

« par le jeu des reprises et remaniements des instruments, des scientifiques se sont rencontrés intellectuellement sans avoir jamais échangé un seul mot. L’appareil inscripteur du mouvement vibratoire, imaginé par Thomas Young en 1807, sera repris et modifié ultérieurement en 1857 par Scott de Martinville pour son phonautographe, par Étienne-Jules Marey dès les années 1860 pour ses appareils chronographiques, par Thomas Edison en 1877 pour son phonographe, par l’abbé Rousselot à partir de 1889 pour ses expérimentations sur la parole, etc. » [79]

Nous adhérons à l’opinion de Pisano dans la mesure où « ces trajectoires entrecroisées, ces « contaminations » répétées entre des domaines différents, aboutissent […] à la définition de certains paradigmes théoriques et techniques, qui sont à la base des passages décisifs qui nous conduiront à l’invention du phonographe et du cinématographe » [80], à ceci près que le travail de chacun sert celui qui est ou devient socialement et professionnellement favorisé pour tirer parti de fonds et/ou d’infrastructures publiques, ou qui parvient à disposer de la trésorerie nécessaire à la mise en application des inventions. Les travaux de Scott et de Cros, face à ceux d’Edison pour le phonographe, en témoignent autant que ceux de Jean-Acmé Le Roy, Léon Bouly ou Henri Joly, dont profiteront les frères Lumière en les complétant avec leur mécanisme à griffes pour l’obturateur du cinématographe, ce qui pose, certes, les questions de la psychologie et de l’ambition des inventeurs, de l’agenda des industriels et du rôle des académies scientifiques, mais aussi celle du mérite lié à une invention. Doit-on faire référence uniquement au résultat, indépendamment des moyens souvent très disparates à disposition des différents inventeurs, ou doit-on se référer au travail fourni malgré tout par les plus modestement lotis au moment de leurs recherches, en tenant compte de leur condition humaine et sociale dans leur contexte historique, indépendamment du résultat ?

- Yohann Guglielmetti

 

À propos de l'auteur

 

Docteur en Arts de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, qualifié aux fonctions de Maître de Conférence, Yohann Guglielmetti a enseigné l’éducation musicale au collège et enseigne l’analyse de films et les techniques d’écriture cinématographique à l’Université des Antilles et au sein d’écoles d’Art et programmes de formation.

Réalisateur et compositeur, lauréat SACEM 2011 comme meilleur compositeur aux Antilles, il a réalisé 21 films courts et compose de la musique instrumentale pour ses films, ceux d’autres réalisateurs et des chansons. Il a occupé les postes d’OPV, d’assistant réalisateur, d’assistant chef opérateur, de monteur et d’ingénieur son, a été Chargé de mission pour une Etude action cinématographique au Parc Naturel Régional de la Martinique en 2001, a dirigé la société de production Nouvelle Touche de 2004 à 2013 et présidé l’association Big Bang Caraïbe ayant pour objet la formation, la création et la promotion du cinéma et de l’audiovisuel aux Antilles, en 2015 et 2016.

Dans la continuité d’un doctorat qui se présente comme une mise à niveau des questions clefs portant sur les relations entre image et musique au cinéma, ses recherches s’articulent autour de la musique, du cinéma, du sonore, du visible, des circulations réflexives entre ces deux domaines, de tout ce qui concerne les représentations visuelles et les manifestations auditives, tant sur le plan technique, artistique qu’historique. 

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Notes

[1] Cf. François RABELAIS, Le Quart livre des faicts et dicts héroïques du bon Pantagruel, Paris, Garnier, 1974.

[2] Charles SOREL, Nouveau recueil des pièces les plus agréables de ce temps, ensuite des jeux de l’inconnu et de la Maison des jeux, Paris , N. de Sercy, 1644. 

[3] Cf. Savinien Cyrano de BERGERAC, Histoire comique : contenant les états et empires de la Lune, Paris, Charles de Sercy, 1657. 

[4] Giusy PISANO, « Chapitre II. La reproduction du son dans la légende », Une Archéologie du cinéma sonore, Paris, Éditions du CNRS, 2013. pp. 19‑24.

[5] Maurice AGULHON, « Décembre 1851 dans l’Histoire de France », Association 1851 [en ligne], Novembre 1997, n° 1. URL complète en biblio.

[6] Guy ANTONETTI, Histoire contemporaine politique et sociale, 8e éd., Paris, Presses Universitaires de France, 2003, p. 276.

[7] Louis FIGUIER, Les Merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes, Paris , Furne, Jouvet et Cie, 1891, p. 634. [Consulté le 7 décembre 2016]. Disponible à l’adresse : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k246798

[8] Traduit de l'anglais : Thomas YOUNG, A Course of Lectures on Natural Philosophy and the Mechanical Arts, London, J. Johnson, 1807. URL complète en biblio.

[9] « Premier instrument enregistreur appliqué à la physiologie » par Wilhelm RIVE, De sphygmograaf en de Sphygmographische Curve. [Le sphygmographe et les tracés sphygmographiques, thèse inaugurale du Dr Wilhelm Rive], Utrecht, 1866. Cité par Paul LORAIN, Études de Médecine clinique faites avec l’aide de la méthode graphique et des appareils enregistreurs, Paris, J.-B. Baillière, 1870, p. 60. Repris par Giusy PISANO, « Chapitre X. La voie physiologique d’Étienne-Jules Marey », Une archéologie du cinéma sonore, Paris, Éditions du CNRS,  2013, pp. 113‑120.

[10] Appareil servant à mesurer la pression d’un fluide.

[11] Jean-Marie Constant DUHAMEL, « Résumé du compte rendu de Duhamel à l’Académie des sciences, 1840, pages 15-17, Tome II », La Science française : revue populaire illustrée, 4 août 1899, p. 9.

[12] Guillaume WERTHEIM, « Recherches sur l’élasticité, Annales de chimie et de physique, 3e série, tome XII, 1844, page 383 », La Science française  : revue populaire illustrée, 4 août 1899, p. 9.

[13] Jules-Antoine LISSAJOUS, « Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1857, tome I, page 727 », La Science française  : revue populaire illustrée, 4 août 1899, p. 9.

[14] Ibid.

[15] Émile GAUTIER, « Les Précurseurs du phonographe », La Science française  : revue populaire illustrée, 4 août 1899, p. 9.

[16] Ibidem, pp. 21‑22.

[17] « First Sounds - Léon Scott de Martinville », [Consulté le 12 septembre 2015]. Disponible à l’adresse : http://www.firstsounds.org/sounds/scott.php

[18] Louis FIGUIER, Les Merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes, 5-6, Paris, Furne, Jouvet et Cie, 1870. p. 634.

[19] « La Science française », art. cit., p. 33.

[20] Ibid.

[21] Émile GAUTIER, « Le Bulletin du phonographe », La Science française : revue populaire de vulgarisation scientifique, 1890, p. 45.

[22] Émile GAUTIER, art. cit., p. 22.

[23] Brevet n°31.470, Ministère du Commerce, Paris.

[24] « La Phonographie : Les précurseurs du phonographe, Léon Scott », La Science française : revue populaire illustrée, 4 août 1899, p. 45.

[25] Émile GAUTIER, « Le Bulletin du phonographe », art. cit., p. 46.

[26] Ibid., p. 45.

[27] Augustin Louis Cauchy (1789 – 1857), mathématicien français membre de l’Académie des Sciences.

[28] « La Science française », art. cit., p. 45.

[29] Émile GAUTIER, « Le Bulletin du phonographe », art. cit., p. 45.

[30] François BASKEVITCH, « La mémoire des sons : la curieuse histoire d’un procédé technique », Academia.edu [en ligne], Avril 2009, [Consulté le 25 février 2017]. Disponible à l’adresse : https://www.academia.edu/6511037/La_memoire_des_sons_la_curieuse_histoire_d_un_procede_technique

[31] « Le Bulletin du phonographe », art. cit., p. 45.

[32] Louis FIGUIER, « Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes », op. cit., p. 634.

[33] Léon SCOTT, « Inscription automatique des sons de l’air au moyen d’une oreille artificielle », Comptes Rendus Hebdomadaires des Séances de l’Académie des Sciences, Paris, Mallet-Bachelier, pp. 108‑111.

[34] « La Phonographie : Les précurseurs du phonographe, E. Léon Scott (Suite.) », La Science française  : revue populaire illustrée, 4 août 1899, p. 57.

[35] Ibid.

[36] Ibid.

[37] Médecin chirurgien et physicien français, 1791 – 1841, membre de l’Académie des sciences, inventeur du sonomètre, d'une roue dentée qui porte son nom et du polariscope.

[38] La Science française, art. cit., p. 57.

[39] Ibid.

[40] Ibid.

[41] Ibid.

[42] Cf. Paul CHARBON, « La Première invention d’Edison : du répéteur télégraphique au phonographe », Réseaux, Vol. 9, n° 49, 1991, p. 47. 

[43] D’après : Juliette GARRIGUES, « "Paléophone" De Charles Cros et premier enregistrement de la voix humaine par Edison », Encyclopædia Universalis [en ligne]. Consulté le 15 juillet 2015]. Disponible à l’adresse : http://www.universalis.fr/encyclopedie/paleophone-de-charles-cros-et-premier-enregistrement-de-la-voix-humaine-par-edison/

[44] Abbé LE BLANC, La Semaine du Clergé, Vol. 10, Paris, Louis Vives, 25 octobre 1877, pp. 1624‑1625.

[45] « La Phonographie : Les précurseurs du phonographe, Charles Cros. », La Science française  : revue populaire illustrée, 4 août 1899, p. 81.

[46] Abbé LE BLANC, La Semaine du Clergé, op. cit., p. 1624.

[47] Abbé LE BLANC, « Le Monde des sciences et des arts : Grosse erreur à rectifier dans l’Histoire du Phonographe », La Semaine du Clergéop. cit., p. 151.

[48] Le photographe, artiste et homme de lettres français, Nadar (1820 – 1910), avait déjà employé le mot « phonographe » en 1864, non pas pour nommer une invention précise, mais pour exprimer un songe : « Je m’amusais, dormant éveillé il y a quelque quinze ans, à écrire dans un coin ignoré, […] qu’il se trouverait un de ces matins quelqu’un pour nous apporter le Daguerréotype du son : le phonographe, quelque chose comme une boite dans laquelle se fixeraient et se retiendraient les mélodies »,  dans : Félix NADAR, À terre et en l’air : mémoires du géant, 2e éd., Paris, E. Dentu, 1865, pp. 271‑272.

[49] Abbé LE BLANC, « Le Téléphone et le Phonographe », La Semaine du clergé, 10 octobre 1877, n° 51.

[50] Abbé LE BLANC, « Le Monde des sciences et des arts : Grosse erreur à rectifier dans l’Histoire du Phonographe », art. cit., p. 150.

[51] Abbé LE BLANC, « Le Monde des sciences et des arts : encore le géoscope - Réponse à une objection présentée par un de nos abonnés. », La Semaine du Clergé, 24 octobre 1877, p. 440.

[52] CHARBON, Paul. La première invention d’Edison : du répéteur télégraphique au phonographe. Réseaux [en ligne]. 1991, Vol. 9, no 49, p. 48.

[53] Ibid.

[54] Ibid., p. 48‑49.

[55] Ibid., p. 49.

[56] Traduit par ibid.

[57] Charbon voulait probablement écrire « reproduits » au lieu de « enregistrés », car les premiers mots gravés sur cylindre, premières « phonautographies de la parole, des bruits, des sons », datent de 1857.

[58] Paul CHARBON, op. cit., p. 51.

[59] Voir les schémas publiés dans : Ibid., pp. 55‑59.

[60] Voir le schéma du phonographe du brevet n°200521 déposé le 24 décembre 1877, publié par ibid., p. 59.

[61] Henri GIFFARD, « Le Phonographe expliqué à tout le monde : Edison et ses inventions » Dans : Abbé LE BLANC, « Le Monde des sciences et des arts : Grosse erreur à rectifier dans l’Histoire du Phonographe », op. cit., pp. 93-96.

[62] Ibid., p. 96.

[63] Ibid., p. 99.

[64] Cf. « Le phonographe d’Edisson », L’Illustration. Mars 1878, no° 1839, p. 196.

[65] Théodose Achille Louis VICONTE DU MONCEL, Le Téléphone, le microphone et le phonoraphe, Paris, Hachette et Co.,1878, Dans : Abbé LE BLANC, « Le Monde des sciences et des arts : Grosse erreur à rectifier dans l’Histoire du Phonographe », op. cit., p. 148.

[66] Abbé LE BLANC, « Le Monde des sciences et des arts : Grosse erreur à rectifier dans l’Histoire du Phonographe », op. cit., p. 149.

[67] Ibid.

[68]Charles CROS, « Lettre de Charles Cros à Victor Meunier, année 1876 », Journal de Photographie, tome III, 1876, p. 208 Dans: C. RUCKERT, La photographie des couleurs : suivi d’un glossaire, Paris : Schleicher Freres, 1900, p. 110, URL complète en biblio.

[69] Paul CHARBON, « La Première invention d’Edison : du répéteur télégraphique au phonographe », Réseaux, 1991, Vol. 9, n° 49, p. 52.

[70] Cf. Ronald W. CLARK, Edison, 1847-1931 l’artisan de l’avenir, Paris : Belin, 1986, p. 98.

[71] Cf. "The Talking phonograph", Scientific American Magazine. Décembre 1877, pp. 384‑385.

[72] Cf. « Le phonographe d’Edisson », L’Illustration. Mars 1878, n° 1839, p. 196.

[73] Cf. Brevet d’Edison du 19 décembre 1877 [en ligne]. Inventeur(s) : Thomas EDISON. Paris. 121687, page 30. Instruments de précision, 4 août 1899. [Consulté le 19 septembre 2015]. Disponible à l’adresse : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb328659030/date.

[74] Cf. Phonograph or Speaking Machine. Inventeur(s) : Thomas EDISON. 200521, 24 décembre 1877;  Voir également le schéma du phonographe dans CHARBON, Paul. op. cit., p. 59.

[75] Brevet n°124.974, page 18. Instruments de précision – Publication des brevets français.

[76] « La phonographie - L’inventeur du phonographe: Edison. Brevet d’Edison en date du 7 juin 1978. », La Science française : revue populaire illustrée, 4 août 1899, p. 178, URL complète en biblio.

[77] Emile GAUTIER, « Phonographiana », La Science française : revue populaire illustrée, 1 septembre 1892, p. 403, URL complète en biblio.

[78] Georges CANGUILHEM, Études d’histoire et de philosophie des sciences, Septième édition augmentée., Paris, Librairie Philosophique, J. Vrin, 2002, p. 232 Repris par: Giusy PISANO, « Introduction », in Une archéologie du cinéma sonore, Paris, CNRS Éditions,  Cinéma et audiovisuel, pp. 1‑8, URL complète en biblio.

[79] Giusy PISANO, « Introduction », op. cit.

[80] Ibid.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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